06 novembre 2009
Sous la varangue (3)
Mon corps te plaisait-il? Tu étais si dur pendant un temps qui semblait des heures, plusieurs fois dans la nuit. En silence... Sans jouir. J'aimais ton corps. Je te l'ai dit. Sur le canapé, nue, avachie, la honte. Tu n'as rien répondu, tu étais là, tu m'as prise.
De longs filets d'eau tombent du toit. Les palmiers se plient sous le poids du ciel. Tiens, une fleur que je n'avais pas remarquée ce matin. Et si j'enregistrais ce bruit de la nuit? Je voudrais rester ici, pour toujours à cet instant.
Je jouissais et tu continuais. En silence... Le frottement me brûlait et je tenais encore. Le sommeil m'emportait. Tu me réveillais plusieurs fois dans la nuit. Je n'ai jamais osé te demander si tu avais joui, si ça te plaisait, si tu étais bien.
As-tu toujours cette voix douce? Lorsque tu m'appelais, elle était le prémice de la nuit qu'on passerait ensemble.
Demain, j'irai à la plage.
Demain, nos vies n'auront fait que se croiser. Pas d'attache, pas de conséquences.
Demain, peut-être que c'est moi qui t'appellerai.
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30 octobre 2009
Sous la varangue (2)
Six ans que je ne t'ai pas croisé dans mes draps.
Quelle chaleur ce soir, si au moins l'averse qui tombe à présent pouvait rafraîchir l'atmosphère... L'anoli a changé de pose, il est à l'affût sur la balustrade.
Tu arrives comme il y a six ans, 2h du matin. Que faisais-tu avant de venir, peu m'importe. Tu seras là dans quelques heures. Oh puis tant pis, je vais sous l'averse, j'arrêterai de réfléchir à ce que je vais te dire. Il n'y aura pas de mots, pas de gêne. Un long baiser comme dans la rue Nationale où je t'ai vu la dernière fois.
Peut-être...
La pluie dégouline le long de la dentelle du soutien-gorge que j'ai choisi pour toi.
J'aurais dû faire durer ces moments, te voir plus souvent. Profiter de cette liberté sans question, sans réponse. Sans question, sans réponse? M'aimais-tu? c'est la question que je me suis posée lorsque tu l'as bousculé dans un geste de mauvaise humeur. Toi, si doux. Jalousie?
Je vais devoir reprendre une douche et me remaquiller. Quels sous-vêtements vais-je enfiler? Mon corps te plaira-t-il encore...?
Sans question, sans réponse...
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28 octobre 2009
Davina de retour sur la terre ferme
Forte de son voyage de l'autre côté de l'Atlantique, Davina s'attaqua à ce qu'elle appelait "le monde réel".
Depuis le temps qu'elle se morfondait pour ce serveur, si sexy, si attendrissant, que Véronique qualifait, elle, de "maladif" voire même "malingre", si pas de "drogué", elle passa à l'action et fit de lui sa première expérience du "monde réel".
Véronique n'en pouvait plus d'aller manger des pizzas dans ce restaurant détestable, dans l'unique intention de voir le prince charmant. Au moins leur offrait-on l'apéro... Pendant qu'elle essayait de discuter avec Davina, celle-ci avait constamment la tête ailleurs, en train de guetter son beau serveur.
Alors qu'elle n'arrivait pas à s'enlever de la tête le serveur, elle rencontra un garçon bien sous tout rapport, qu'on pourrait qualifier de "gendre idéal". C'est ce qu'elle croyait. Bien entendu, elle répétait à Véronique qu'elle voulait un vrai avenir et qu'elle avait bien conscience que son serveur ne pourrait pas lui offrir, "puisqu'il n'a besoin que d'argent pour acheter sa drogue" ajoutait Véronique. Le gendre idéal était donc un plan à long terme. Un investissement sûr qui lui offrirait une famille et un avenir. Il habitait à l'autre bout de la France et la fit venir chez lui. La première fois, c'était idyllique. Elle qui s'était mise à adorer le soleil profita des plages et des palmiers. Il était musclé-caractéristique ô combien essentielle pour Davina- il l'emmenait au restaurant, lui faisait rencontrer ses amis-autour-d'une-bouteille-en-boîte.
La raison guidait toujours Davina à ce moment : bel avenir, intellectuellement satisfaisant.
Dès l'instant où ses voyages devinrent plus mouvementés, la passion pris l'ascendant sur la raison. Le gendre idéal commença par l'oublier à la gare, puis lui promettre de venir chez elle sans jamais le faire, annuler à la dernière minute alors qu'elle était déjà dans le train, la laisser à son appartement alors qu'il sortait avec d'autres filles... La liste fut très longue. C'est à ce moment précis que Davina s'accrocha à lui. "Je sais que je n'ai pas d'avenir avec lui, il me fait souffrir. Je ne sais pas ce que je dois faire, et je suis malheureuse. Il m'a dit qu'il tenait à moi, il veut que je vienne vivre avec lui..." et des discours et des discours interminables que Véronique devait écouter en dégustant une grillade (puisque les pizzas n'étaient plus d'actualité). Véronique lui demandait alors pourquoi elle retournait là-bas encore et encore, tout en sachant qu'elle devrait subir ces discours encore des mois... Puisque la stabilité, l'avenir n'était pas ce que Davina recherchait, au fond, mais juste à plaire.
12:37 Publié dans Véronique & Davina | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25 octobre 2009
Quand on sera vieux (2)
Quinze ans. Quinze ans sans vraiment se parler, mais pourtant à se connaître, à partager ou au moins à s'accepter.
Tel qu'on est.
Ce qu'on n'aurait jamais pardonné ou accepté d'un autre, tout est pardonné et accepté. Peut-être pas compris. Sûrement pas compris.
L'insouciance et la folie de la jeunesse font place au quotidien de chacun, à nos vies, nos routes. Jadis, nous partagions beaucoup de moments. Pas forcément profonds et philosophiques, nous êtions tout simplement ensemble à deux ou avec d'autres. Dans cette relation singulière, lui et moi. Le fil solide est toujours présent au travers des 3 petits textos échangés par an. "Ensemble", nous le sommes en lisant ces petits morceaux de vie.
Un ami, vraisemblablement plus qu'un ami. Le désir est sans doute présent à tout instant. Il y a très longtemps, il m'a embrassée en me ramenant chez moi. "Et après?" m'a-t-il demandé. Après, rien. On n'en a jamais reparlé. Et c'est bien comme ça. Le détachement, voila ce qui nous caractérise. Et c'est ce qu'on aurait perdu... après.
Dans une autre vie, sur une autre planète, où les choses ne se passent pas comme ici, il y aurait eu un après.
Un après lucide, clairvoyant, d'une relation non exclusive. Comme Marie aujourd'hui.
Un jour, je lui ai demandé "Et Marie?"
"Elle a tout ce qui lui faut, une maison à la campagne, une vie tranquille. On a même un chien. Des enfants? Avec ma vie, ils souffriraient trop. Hors de question! Elle sait que je ne peux lui donner que ça, et elle n'attend rien de plus."
Souvent seule, je suis convaincue qu'elle souffre, mais c'est elle qui a choisi cette vie en connaissance de cause, sans surprise.
Il a ajouté "Je fais beaucoup d'efforts pour être avec elle le plus souvent possible. Parfois, j'ai fait 5000km dans ma semaine, et même pour 3 heures, je rentre pour la voir. Je ne montre pas que je suis crevé, stressé, ça gâcherait ces 3 heures. Ce que je veux c'est lui faire plaisir."
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23 octobre 2009
Sous la Varangue (1)
Les mini grenouilles touit-touitent. La brise rafraîchit l'attente.
Mes pieds frolent les planches de la terrasse.
Un gros insecte s'écrase contre la lanterne.
Le clapotis lointain de la piscine me donne soif.
Un crapaud m'as-tu-vu n'écoute pas les touit-touit, lui. Il s'impose. Qui lui a fait croire qu'on voulait entendre son croah dissonnant?
Il fait chaud, non? Le timide anoli veut se faire discret. Son vert acide n'est pas là pour l'aider. Il n'a pas trop chaud, non.
Tu es sûrement sur la route. Quelle coiffure portes-tu? Les cheveux en broussaille ou des tresses compliquées?
La brise a cessé. Quelques gouttes commencent à tomber.
Six ans...
Tiens, le crapaud est parti.
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